Les mots ont un poids. Ils façonnent notre compréhension du monde, révèlent des vérités, et témoignent des luttes qui ont forgé des nations. Lorsque j’ai choisi d’écrire Kyiv plutôt que Kiev dans mon roman, et d’utiliser Odesa plutôt que Odessa, ce n’était pas une simple préférence linguistique, mais un choix délibéré, ancré dans la réalité historique et contemporaine.
Kiev, tout comme Odessa, c’est la translittération russe, celle qui a été imposée pendant des décennies, intégrée dans les esprits et sur les cartes du monde. Cette orthographe est le vestige d’une époque où l’Ukraine était sous l’emprise de l’empire russe, et plus tard, du régime soviétique. Kiev est un mot qui parle de domination, de contrôle, de cultures étouffées sous le poids d’une autre.
En revanche, Kyiv et Odesa est le nom authentique, ukrainien, celui que les habitants de cette ville millénaire utilisent depuis toujours. Ce choix n’est pas une simple question de lettres, mais une affirmation de l’identité et de la souveraineté de l’Ukraine. En utilisant Kyiv, je reconnais cette identité, je la respecte, et je la soutiens.
En 2018, l’Ukraine a lancé la campagne internationale #KyivNotKiev pour encourager la communauté internationale, les médias, et les institutions à adopter l’orthographe Kyiv. Ce n’était pas un simple appel à la précision linguistique, mais une revendication claire d’indépendance culturelle et politique. Ce hashtag est devenu un symbole de la lutte pour l’autodétermination, un rappel que les mots, comme les frontières, ont une signification profonde. Le même raisonnement s’applique à Odesa, une ville portuaire majeure, dont le nom ukrainien reflète une histoire et une culture uniques.
Choisir Kyiv plutôt que Kiev et Odesa plutôt que Odessa dans mon roman, c’est reconnaître cette lutte, c’est comprendre que l’histoire de l’Ukraine ne peut être dissociée de ses mots, de ses noms. C’est refuser de perpétuer une vision du monde où l’Ukraine est simplement un voisin de la Russie, et non une nation à part entière avec sa propre langue et sa propre histoire.
Ce n’est pas un acte de défiance, mais de reconnaissance. Une reconnaissance que l’histoire ne se répète pas, qu’elle évolue, et que ceux qui ont été marginalisés trouvent leur voix. En écrivant Kyiv et Odesa, je choisis d’honorer cette voix, de la placer au centre de l’histoire, là où elle doit être.


